Science et santé : Les fondements d'un système sanitaire africain résilient

Journée mondiale de la santé : Un appel à l'action
Pour célébrer la Journée mondiale de la santé, l'Institut Pasteur de Dakar (IPD) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont placé la science au cœur des priorités sanitaires du continent africain. Lors de cette rencontre, experts, décideurs et chercheurs ont réaffirmé l'importance cruciale d'investir dans la recherche pour garantir la souveraineté sanitaire de l'Afrique.
Investir dans la recherche : Une nécessité incontournable
Le Dr Ibrahima Socé Fall, administrateur général de l'IPD, a souligné l'urgence de replacer la science au centre des politiques publiques. Selon lui, cette journée représente « un moment clé pour réaffirmer notre engagement en faveur d'une santé plus équitable, plus résiliente et plus souveraine ». Il a plaidé pour une approche inclusive en affirmant : « une santé pour tous, par tous et partout », fondée sur des preuves scientifiques rigoureuses.
Le Dr Fall a également insisté sur le fait que l'enjeu dépasse la simple production de connaissances. Il est essentiel de maîtriser l'intégralité de la chaîne de valeur, allant de la recherche fondamentale à la fabrication selon des normes internationales. Dans cette optique, l'approche « One Health » (Une seule santé) est jugée incontournable, car elle relie la santé humaine, animale et environnementale. En effet, plus de 80 % des maladies émergentes sont d'origine zoonotique.
Des défis à surmonter : La participation de l'Afrique aux essais cliniques
Le Dr Fall a également pointé une faiblesse majeure : « la faible participation de l'Afrique aux essais cliniques mondiaux », qui ne représente que moins de 4 %, et seulement 0,6 % pour les maladies cardiovasculaires. Ce déficit limite l'adaptation des traitements aux spécificités génétiques des populations locales, d'où l'importance cruciale des recherches génomiques actuellement menées à Dakar.
L'OMS et la nécessité d'une capacité scientifique locale
Le représentant de l'OMS au Sénégal, le Dr Michel N'da Konan Yao, a rappelé que la crise du Covid-19 a mis en lumière les vulnérabilités structurelles et les inégalités d'accès à l'innovation. Il a affirmé : « Il ne peut y avoir de souveraineté sanitaire sans capacité scientifique locale », soulignant que la science est le meilleur rempart contre la désinformation.
Il a également ajouté que « le Sénégal, via l'IPD, joue un rôle stratégique en tant que centre collaborateur de l'OMS pour le transfert de technologies de pointe, notamment celle de l'ARN messager ». Face aux nouveaux défis tels que le changement climatique et les maladies non transmissibles, le Dr Yao a identifié quatre priorités :
- Produire des données locales fiables,
- Encourager l'innovation,
- Accélérer la couverture sanitaire universelle,
- Anticiper les risques sanitaires.
Un socle scientifique solide : La clé d'un système performant
Le Pr colonel Bécaye Fall, qui a présidé la rencontre, a fait remarquer qu'aucun système performant ne peut se passer d'un socle scientifique solide. Au Sénégal, cette vision est portée par la Stratégie nationale de transformation du système de santé 2025-2034, qui mise sur la digitalisation et le renforcement de la surveillance épidémiologique.
Cependant, le tableau n'est pas exempt de préoccupations. La dépendance aux financements extérieurs pour la recherche, qui s'élève encore à 85 %, demeure un obstacle majeur à une autonomie réelle. Comme l'a affirmé le Dr Fall : « Investir dans la science, c'est investir dans la capacité des États à décider et à agir de manière autonome ».
À Dakar, le message est clair : la souveraineté sanitaire de l'Afrique repose sur une recherche solide, ancrée dans les réalités du continent et soutenue par une synergie entre l'État, le secteur privé et la société civile.


