Une Tempête Solaire du XIIIe Siècle Dévoilée par un Poète Japonais et Confirmée par la Science

Une Découverte Étonnante
Le Meigetsuki, un journal intime rédigé par Fujiwara no Teika, un courtisan et poète influent de la cour impériale japonaise entre 1162 et 1241, a récemment attiré l'attention des scientifiques. Dans une entrée datée de février 1204, Teika décrit l'observation de lumières rouges dans le ciel nocturne au-dessus de Kyoto. Ces lueurs, à cette latitude, correspondent à des aurores polaires particulièrement intenses, souvent causées par des éjections de particules solaires frappant la magnétosphère terrestre.
Une Interdisciplinarité Innovante
Ce témoignage littéraire, longtemps considéré comme un simple élément de l'histoire de la poésie, a suscité l'intérêt de Hiroko Miyahara, professeure à l'Institut de science et technologie d'Okinawa (OIST). Avec son équipe, elle a entrepris de vérifier l'existence physique d'une tempête solaire correspondant à cette description vieille de plus de 800 ans.
Analyse des Troncs d'Arbres
Pour explorer cette hypothèse, les chercheurs ont analysé des troncs d'asunaro, un cèdre japonais exhumé dans la préfecture d'Aomori, située au nord du Japon. Lorsqu'une tempête solaire touche l'atmosphère, les protons éjectés par le Soleil augmentent la production de carbone 14 dans la haute atmosphère. Cet isotope radioactif s'intègre ensuite dans les cernes de croissance des arbres, où il demeure mesurable pendant des siècles.
Résultats de l'Étude
En comparant les concentrations de carbone 14, l'équipe a détecté un pic significatif daté entre l'hiver 1200 et le printemps 1201. Cette découverte est détaillée dans une étude publiée dans les Proceedings of the Japan Academy, Series B. Ce pic est associé à un événement protonique solaire sub-extrême, une éruption représentant de 10 à 30% de la puissance des épisodes les plus puissants jamais enregistrés.
Un Contexte Solaire Actif
La période allant de 1190 à 1220 se révèle particulièrement active sur le plan solaire, avec plusieurs éruptions détectables dans les cernes d'arbres. Cette découverte soulève des questions plus larges sur la fréquence des événements protoniques sub-extrêmes, qui pourraient survenir plus souvent que les événements majeurs, mais qui sont souvent mal documentés en raison du manque d'archives fiables.
Implications pour le Futur
En affinant la détection de ces éruptions passées, les chercheurs sont en mesure de mieux estimer la fréquence à laquelle elles se produisent. Une telle connaissance pourrait jouer un rôle crucial dans l'évaluation des risques pour les réseaux électriques modernes, les satellites et les systèmes de navigation actuels.
Une Approche Interdisciplinaire
Cette étude met en lumière la richesse d'une approche interdisciplinaire, où la poésie médiévale, la dendrochronologie (la datation par les cernes d'arbres) et la physique nucléaire se rejoignent pour reconstituer la mémoire climatique de la Terre. D'autres journaux historiques, tant en Asie qu'en Europe, pourraient receler des indices similaires encore inexplorés.
Conclusion
Cette recherche illustre non seulement l'importance d'explorer des sources historiques sous un nouvel angle, mais aussi la valeur de la collaboration entre différentes disciplines scientifiques pour mieux comprendre notre passé climatique.
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